
Arnaque Leboncoin : alertes des gendarmes et réflexes
Par Yann Deverre
8 octobre 2026
9 min de lecture
Quand une annonce Leboncoin tourne mal, la gendarmerie voit presque toujours la même chose : la victime a quitté le circuit officiel, une fois, par politesse ou par pression. Le mécanisme est connu, les gestes qui l’arrêtent aussi. Voici ce que disent les alertes des brigades, ce qu’il faut faire dans l’heure, et comment éviter de se retrouver à l’accueil d’une brigade avec une capture d’écran.
Pourquoi Leboncoin attire-t-il les escrocs ?
Un escroc cherche de l’audience et des particuliers qui se méfient peu. Leboncoin cumule les deux, avec une trentaine de millions de visiteurs uniques par mois. Les transactions entre particuliers, souvent en espèces ou par virement, laissent aussi peu de traces.
La plateforme a lancé en septembre 2018 un dispositif de paiement protégé, la transaction sécurisée. L’argent de l’acheteur reste bloqué sur un compte séquestre. L’acheteur dispose ensuite d’un délai après réception pour confirmer que l’objet correspond, et la plateforme examine les litiges. C’est ce dispositif que les escrocs imitent, parce qu’il rassure.

Le faux paiement sécurisé, alerte des gendarmes
En janvier 2026, la gendarmerie de la Côte-d’Or a relayé le cas d’un vendeur d’ordinateur. Un acheteur sérieux accepte le prix, annonce avoir payé via le paiement sécurisé, puis le vendeur reçoit un mail à l’en-tête convaincant : son nom, le prix, la description de l’objet, l’adresse de livraison. Tout y est, sauf le canal. Une vraie notification arrive dans la messagerie de Leboncoin, pas dans la boîte mail. Le vendeur a arrêté la vente à temps ; d’autres ont expédié et n’ont rien reçu.
Le mécanisme est celui du phishing, que détaille notre fiche sur les trois signaux d’un mail piégé : l’expéditeur affiche un nom crédible, mais l’adresse réelle et les liens pointent ailleurs. Deux vérifications suffisent avant d’expédier.
- Ouvrir l’application Leboncoin, jamais le lien du mail, et regarder si la transaction y apparaît comme payée.
- Refuser de transmettre un RIB par mail, SMS ou capture. Le RIB associé à la transaction sécurisée n’est accessible que par un bouton dans la conversation de l’annonce.
Six arnaques, six signaux
Le faux paiement n’est pas le seul. Les alertes de brigades, les signalements sur les sites d’information et les conseils de Cybermalveillance se recoupent sur six scénarios.
| Scénario | Qui est visé | Signal d’alerte | Réflexe |
|---|---|---|---|
| Faux mail de paiement sécurisé | Vendeur | Confirmation reçue par mail, pas dans l’application | Ne rien expédier, vérifier dans l’application |
| Faux acheteur qui demande un code | Vendeur | Demande d’un code reçu par SMS « pour recevoir l’argent » | Ne jamais communiquer un code, recevoir de l’argent n’en demande aucun |
| Chèque ou virement trop élevé | Vendeur | Surplus à rembourser avant encaissement | Attendre l’encaissement définitif |
| Faux vendeur à prix cassé | Acheteur | Prix très bas, acompte ou virement immédiat | Refuser tout paiement avant de voir l’objet |
| Faux transporteur | Acheteur et vendeur | Lien de suivi ou frais de livraison à payer | Passer uniquement par l’envoi de la plateforme |
| Visite annulée au dernier moment | Vendeur | Acheteur qui demande l’adresse précise et un créneau | Donner un lieu public |
Le point commun saute aux yeux : dans les six cas, l’escroc veut déplacer la conversation hors de la plateforme, ou obtenir une information qui ne sert qu’à lui. Un code reçu par SMS, un lien, une adresse. Même logique pour les messages de faux péage, étudiés dans l’arnaque Ulys : un sentiment d’urgence et une action immédiate.
Le faux acheteur qui prépare un vol
Un scénario moins connu est apparu dans une alerte de la gendarmerie de la Loire en février 2026. Un vendeur de plusieurs motos reçoit une offre, l’acheteur propose de passer à son domicile, puis annule à la dernière minute. Il a pourtant eu le temps de voir les photos, d’estimer la valeur et de localiser le lieu de stockage. Quelques jours plus tard, les motos ont disparu.
Le risque ne vient donc pas toujours d’un virement. Les gendarmes conseillent de ne pas donner son adresse personnelle avant d’avoir vérifié l’identité de l’acheteur, de fixer le rendez-vous dans un lieu neutre et fréquenté, par exemple un parking surveillé, et de se méfier des acheteurs pressés, imprécis ou qui changent de version. Les annonces de véhicules et de matériel de valeur sont les plus exposées.
Que faire si vous êtes piégé ?
L’ordre des gestes compte, car les premières heures décident de ce qu’on peut encore récupérer.

- Couper le contact. Ne répondez plus, n’expédiez rien, ne cliquez sur aucun lien supplémentaire. Un escroc qui sent la victime hésiter relance avec une nouvelle histoire.
- Appeler la banque. Carte communiquée ou paiement non reconnu : faites opposition et contestez l’opération. Une opération non autorisée se conteste dans les 13 mois, et la banque doit en principe rembourser sans délai sauf soupçon de fraude de la part du client. Pour un virement que vous avez vous-même validé, demandez immédiatement un rappel de fonds ; le succès n’est pas garanti, mais chaque heure compte. Notre fiche sur le virement fait par erreur explique la procédure côté banque.
- Conserver les preuves. Captures d’écran de l’annonce, de la conversation, du mail, numéros de téléphone, IBAN, justificatifs de paiement. Faites-les avant que l’annonce disparaisse.
- Changer les accès exposés. Si vous avez cliqué sur un lien ou donné un mot de passe, changez-le et activez la double authentification par application.
Déposer plainte : où, comment, avec quoi
Certains forums affirment qu’on ne peut pas porter plainte pour une arnaque en ligne. C’est faux. L’escroquerie est un délit puni de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende (article 313-1 du Code pénal), et un dépôt de plainte est possible à la gendarmerie ou au commissariat, quel que soit le montant.
Deux voies existent pour les escroqueries sur internet. La plainte en ligne passe par la plateforme THESEE, dédiée aux e-escroqueries (achat-vente, fausses annonces, usurpation de moyens de paiement). Un rendez-vous physique reste préférable si vous avez perdu une somme importante ou subi un vol à domicile. Dans les deux cas, apportez :
- une pièce d’identité ;
- les captures de l’annonce et des messages ;
- le relevé bancaire qui montre l’opération ;
- le numéro de téléphone, l’IBAN ou le pseudo de l’escroc.
Deux autres canaux complètent la plainte. Pharos, le portail officiel de signalement des contenus illicites, reçoit les annonces et les messages frauduleux ; 17Cyber, le dispositif d’assistance aux victimes d’infractions numériques, oriente vers les bons interlocuteurs. Ils ne remplacent pas le dépôt de plainte, qui seul ouvre l’enquête. Signalez aussi l’annonce à Leboncoin depuis l’application. Cela ne remplace pas la plainte, mais cela fait fermer le compte, et protège le prochain acheteur.
Comment se protéger avant la transaction ?
Quelques habitudes évitent la plupart des cas. Elles tiennent à une idée : tout ce qui est important se passe dans l’application, et rien d’autre ne compte comme preuve.
- Garder la conversation dans la messagerie de la plateforme, même si l’interlocuteur propose WhatsApp.
- Ne jamais envoyer de photo de carte d’identité ou de carte bancaire en entier.
- Vérifier l’ancienneté du profil, les avis, et la cohérence entre la photo et le descriptif.
- Remettre l’objet en main propre, de jour, dans un lieu public.
- Appliquer les mêmes précautions que sur tout paiement en ligne : carte plutôt que virement, vendeur identifiable.
La même technique d’approche existe sur les messageries : l’arnaque WhatsApp repose sur les mêmes ressorts, avec un faux contact qui demande un virement.
Questions fréquentes
Peut-on récupérer son argent après une arnaque Leboncoin ?
Parfois. Un paiement par carte non autorisé se conteste et se rembourse souvent. Un virement validé par la victime est plus difficile : la banque tente un rappel de fonds, avec un résultat incertain. Plus vous prévenez tôt, plus les chances augmentent.
La gendarmerie accepte-t-elle une plainte pour une petite somme ?
Oui. Le montant ne conditionne pas le dépôt de plainte. Un petit préjudice, répété sur plusieurs victimes, permet aux enquêteurs de remonter à un même réseau.
Comment reconnaître un faux mail de paiement Leboncoin ?
Il arrive dans votre boîte mail alors que la vraie notification s’affiche dans la messagerie de l’application. Il contient un lien ou une pièce jointe, et parle d’urgence. Ouvrez toujours l’application directement pour vérifier.
Un acheteur me demande un code reçu par SMS, que faire ?
Refusez et coupez le contact. Recevoir de l’argent ne demande aucun code. Ce code sert presque toujours à valider un paiement ou à prendre le contrôle d’un compte.
Dois-je signaler l’annonce à Leboncoin en plus de la plainte ?
Oui, depuis le bouton de signalement de l’annonce ou du profil. La plateforme peut suspendre le compte et conserver les données utiles aux enquêteurs.
Un vendeur peut-il être poursuivi si l’acheteur a utilisé un faux moyen de paiement ?
Le vendeur de bonne foi est victime, pas auteur. Il doit toutefois prouver qu’il a été trompé : conservez les messages et le mail frauduleux, et déposez plainte rapidement.
Si une vente en cours vous met mal à l’aise, arrêtez-la : un objet à 200 euros ne vaut jamais un dossier de plainte. Dans les prochaines minutes, ouvrez l’application, vérifiez le statut de la transaction, et gardez sous la main les captures de la conversation.

Yann Deverre
Douze ans de développement web, en agence puis chez un éditeur de logiciels, avant de passer à l'écriture. Il explique le numérique en partant du mécanisme, et teste avant d'affirmer.
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